Merci Macron !

Aventure personnelle, une fois n’est pas coutume, ma chronique a trait à l’un de mes voyages à travers la France. Le premier juin dernier j’ai du en effet revenir des Cévennes jusqu’à la capitale, parcours que je pratique depuis de nombreuses années du fait de la répartition géographique de ma famille. Il y a quelques décennies le train qui reliait Paris et Béziers s’appelait le Cévenol, je le prenais Gare de Lyon, à Paris, en début de nuit, il me déposait au petit matin à Villefort en Lozère. J’adorais l’ambiance qui y régnait, c’était un peu comme notre Orient-express à nous, les gens du sud et rien au monde ne nous aurait fait passer par la vallée du Rhône pour rejoindre nos montagnes. J’adorais notamment l’heure du petit-déjeuner, en hiver, lorsque les voyageurs se retrouvaient sur le quai de Langogne, certains encore en robes de chambre, pour une longue pause au milieu des vapeurs du café brûlant. Nous nous racontions des bouts de vie, recroquevillés comme des manchots sur la banquise, autour du vendeur ambulant, et il y avait toujours quelqu’un pour plaisanter de notre situation d’exilés volontaires. La pause durait de longues minutes avant que le train ne reparte fendre la neige des hauts plateaux. Je faisais généralement le retour de jour parce que je n’avais pas envie de me presser de rentrer chez les fous et que la superbe vallée du Haut Allier était un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte. Le train passait à 8h44 à Villefort, atteignait Clermont-Ferrand vers treize heures et Paris en fin d’après-midi.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cévenol

Au fil du temps, la vie s’est accélérée et plus personne n’a souhaité (mais nous a-t-on un jour demandé nos avis ?) passer autant de temps dans les trains. Le Cévenol s’est donc peu à peu épuré jusqu’à disparaître du paysage ferroviaire. Néanmoins, jusqu’au printemps dernier, deux trains continuaient à relier quotidiennement Nîmes à Clermont-Ferrand et il m’arrivait encore d’utiliser cette ligne pour remonter vers le nord, bien que la liaison TGV Nîmes-Paris ait réduit le trajet à cinq heures. Il en fallait encore de sept par les terres de Vercingétorix. Le 1er juin, donc, je m’apprêtais à prendre l’un des derniers « Cévenol » encore valide, numéroté 73990 selon ma réservation, quand le chef de la séculaire gare de Villefort me dit d’un air de Droopy neurasthénique : Y a plus de train… Comment ça plus de train ? Et mon billet ? demandai-je déjà énervé. Maintenant c’est des autocars ! reprit-il… Loi Macron.

http://www.lesechos.fr/29/02/2016/lesechos.fr/021732923777_six-mois-apres-la-loi-macron–1-5-million-de-voyages-par-autocar.htm

Depuis le début de l’année, en effet, la « loi sur la croissance » libéralise, parmi mille autres choses, le transport sur tout le territoire français, ce qui devrait à terme selon le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, créer des « dizaines de milliers d’embauches ». Cette loi, qui a été validée par l’article 49.3 en juillet 2015, sans accord démocratique donc, permet à n’importe quel autocariste de s’installer sur un secteur et d’y proposer ses trajets. C’est ce qu’on appelle un système libéral : chacun propose ses produits au prix qu’il veut et le client choisit. Sur le papier c’est formidable et moult mathématiciens ont prouvé par A plus B que le marché libre est le plus efficient des systèmes d’échange puisque le consommateur est assuré d’y trouver une satisfaction (une utilité disent les économistes !) à la hauteur de ses moyens. Sauf que sur le terrain, la réalité était tout autre : à Villefort, au cœur des Cévennes, le choix n’était qu’une vue d’alouette.

En me retournant, je vis débarquer sur le parking de la gare un bus d’une société privée où ne figurait aucun logo de la SNCF. C’est lui, me confirma pourtant le chef de gare d’un geste du menton d’où je vis jaillir toute la déception d’une corporation bientôt décimée. Mais il n’y a plus du tout de train, m’enquerrai-je, un peu affolé à l’idée de subir les cent mille virages qui me séparaient de Clermont-Ferrand ? Non… y a plus de train. Je n’en croyais pas mes oreilles : non seulement je ratai le spectacle de l’Allier où seule passait la voie ferrée, raison initial de mon choix, mais je n’avais aucune ristourne sur le prix. Villefort – Clermont en bus, 250 km de virages et bosses ! Que dire sinon que ce voyage fut un calvaire ? Rien à voir avec mon Cévenol : Siège trop étroit, impossible d’allonger les jambes, impossible de lire, de dormir même, de se détendre dans les allées, de prendre un café à la voiture bar… Secoué à chaque virage, à chaque malformation de la chaussée, je dus m’accrocher mille fois pour ne pas tomber dans la rangée … Et comment manger, même un sandwich, dans ce bateau ivre, sans en foutre plein partout ? Virage serré à droite : le bout de tomate vola contre la vitre ; freinage inopiné : le cornichon s’échappa sur ma chemise blanche ; dos d’âne : ce fut le jambon qui prit la fuite… Après deux heures de route, j’étais exténué quand l’envie d’uriner s’immisça tragiquement dans mon cerveau… Oui, je sais, les bus modernes en sont équipés mais ces toilettes sont conçues pour des sportifs de haut niveau, à la fois minces et capables de maintenir une concentration optimale au milieu des pires turbulences, mais pas pour des citoyens normaux, par définition instables et maladroits. J’arrosais naturellement la cabine… Tant pis, c’était bien fait pour eux, après tout. J’avais un peu honte en revenant à ma place, sentiment d’indignité mêlé de lassitude : je pensais à ceux qui iraient après moi et à l’employée polonaise qui devra nettoyer tout ça le soir venu…

Ma correspondance pour Paris était à 13h32, le Cévenol serait arrivé à 13h19, mais à 25, le bus était encore empêtré dans les embouteillages de la nouvelle Gergovie. Le stress monta brutalement dans l’équipage, tout le monde songeait déjà à la difficulté qu’il y a à faire changer un billet à la dernière minute. Le chauffeur sentit ses épaules ployer, il prit la double file, klaxonna à l’italienne, coupa la route aux anti-Macron et nous déposa in extremis devant la gare. Il nous restait à courir comme des garennes effarouchés, ignorant nos semblables et la civilisation toute entière pour sauter, ouf ! sur le marchepied vibrant du wagon salvateur…Un billet collector !

J’ai réfléchi tout au long de ce parcours initiatique au pourquoi de ce naufrage, je n’ai pas trouvé de réponse. La SNCF ne gagne rien à remplacer ses trains par des autocars sinon à éviter une concurrence qui risquerait de la ruiner. Cela lui coute cher car, n’ayant pas d’autocars, elle est condamnée à sous-traiter le transport aux entreprises qui justement lui feraient cette concurrence. Celles-ci  par contre ont tout à gagner : du travail supplémentaire assuré, au prix du train ! La concurrence, argument majeur de la libéralisation du marché, n’existe donc pas et le consommateur finit par payer le prix fort pour un service  devenu pitoyable. Merci Macron ! Alors je me suis dit que la raison était ailleurs : il faut beaucoup de chauffeurs pour conduire tous ces bus. Le gouvernement, actionnaire principal de la SNCF, fait sans doute le pari de réduire le chômage grâce à ce subterfuge, quitte à saborder la compagnie ferroviaire. Cette manœuvre rejoint l’emploi massif d’apprentis dans la fonction publique pour réduire le chômage des jeunes… sans leur donner un véritable emploi, en se fichant éperdument des désordres engendrés dans les services et aux dépens des carrières de ceux que ces postes intéressaient. Quel est le gain de tout cela ? Une réélection ? Combien de milliards dépensés bêtement, de pollution supplémentaire subie, de mal vivre pour tout un peuple, de gaspillage colossal d’énergie ? Ce ne sont pas les habitants du haut Allier qui sont fous mais ceux qui gouvernent aujourd’hui le pays ! En 2017, il serait salutaire de tous les envoyer dans la Lune… en bus !

http://www.defense-promotion-cevenol.fr/site/

http://usagers-transports.haut-allier.eu/

Publié dans Chroniques | Marqué avec , , , | Commentaires fermés

Euro 2016, le coût du kif !

Le populos est ravi : on oublie tout, c’est la fête, canettes de bière et chips à volonté, écharpe tricolore, bob Cazanis et trompette en plastique… Allez la France ! ça fait un an qu’on se prépare, on va gagner, c’est obligé, ça peut pas être autrement… Ah oui ?

Au fait, footballeur de salon, est-ce que tu as compté combien ça te coûte d’être con à ce point ?

« L’Euro 2016, nous dit les Echos, c’est 1,64 milliard de travaux dans les stades avant la compétition, 835 millions de dépenses d’organisation ». C’est aussi 1,9 milliard de recettes attendues pour l’UEFA et 1,3 milliard pour les 10 villes hôtes, « ou encore 180 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires pour l’Etat ». Sauf qu’on vient d’apprendre que l’Etat fait cadeau de cette somme à l’UEFA en échange de sa contribution à la construction des stades (20 millions d’euros aux dix villes accueillant la compétition). Aucune taxe, aucun impôt sur les sociétés, aucune autre fiscalité française ne sera prélevée sur l’UEFA et sur ses filiales françaises, se gausse le Premier Ministre. Merci patron !

http://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conseils/0203101037392-en-attendant-l-euro-2016-628381.php

Pourtant, selon l’Observatoire des gaspillages publics, les contribuables français ont déjà investi plus d’un milliard d’euros avant que commence le premier match. 24 millions d’euros seront dépensés pour assurer la sécurité des « fans zones » où va se masser la subtile et tendre crème intellectuelle du pays de Voltaire (soit, au passage, 14 millions de plus que ce qui était prévu au départ). Le seul stade de Lyon, capitale des gaules, est un gouffre financier que les habitants de la grande région n’ont pas fini de supporter. Le club est en plein naufrage, il perd plus de 25 millions chaque année et a emprunté dix fois cette somme pour s’offrir sa boîte à danseuses ! A moins d’être récupéré par un qatari en mal de reconnaissance ou par un mafiosi en rupture de stock, il n’a aucune chance de parvenir à payer sa dette et, au final, ce sera forcément le citoyen qui s’en chargera, qu’il aime ou qu’il déteste le foot… Les clubs de football professionnels espagnols montrent la voie : Champions toutes catégories, ils affichent une dette globale de 3,5 milliards d’euros dont plus de 700 millions de dette fiscale ! Mais peu nous importent, après tout, les bibliothèques et les hôpitaux que cet argent pourrait permettre de construire puisque le Real et l’Athletico étaient tous deux en finale de la Champions League cette année. Que demander de plus ? L’Angleterre par contre peut faire la grimace : berceau du football elle n’a rien gagné cette année et l’endettement global des 18 clubs de première ligue les plus menacés s’élève à 4 milliards d’euros…

http://www.observatoiredesgaspillages.com/2014/02/combien-va-couter-l-euro-2016/

Mais que les Français se rassurent, l’Euro est une bonne affaire puisque 2,4 millions de spectateurs sont attendus dans les stades et 6,5 millions dans les « fans zones ». Les organisateurs, dit-on, peuvent compter sur un retour de plus de 2,5 milliards d’euros. Soit 800 millions de bénéfices ! Pour la collectivité ? Que nenni, pour l’UEFA d’abord et surtout pour toutes les sociétés partenaires qui ont mis la main à la poche : celles qui ont contracté un partenariat public-privé pour la construction et la rénovation des stades, dont on sait qu’il est prévu un dédommagement de l’Etat en cas de gains inférieurs à ce qui est escompté, et celles qui participent à la fête. Les dix « partenaires globaux » : Adidas, Carlsberg, Coca-Cola, Continental, Hisense, Hyundaï-Kia, McDonald’s, Orange, Socar et Turkisk Airlines, font d’ailleurs rêver tant ils sont emblématiques du raffinement et de l’élégance qui caractérise le monde moderne. On sait combien ces sociétés sont respectueuses des hommes et de l’environnement et on est content de savoir que leurs actionnaires vont engranger des millions de dividendes en fin d’année grâce à cette « grande fête populaire ». On est content aussi pour la FDJ, le Crédit Agricole, la SNCF, la Poste qui ont dépensé plein de sous pour avoir leur nom en haut de l’affiche et on pense très fort à leurs salariés qui doivent être si fiers de leurs dirigeants. Je ne sais pas non plus si les mille « collaborateurs » recrutés par Proman pour l’occasion ouvriront le champagne au lendemain de la fête mais je sais que le patron de cette PME, lui, pourra aller dîner chez monsieur Hédiard le traiteur « exclusif » du village VIP…

Est-ce les Français sortiront gagnant de la compétition ? Évidemment non. En 2004, le Portugal a choisi de détruire les stades après la compétition parce que leur entretien devenait trop coûteux. L’Afrique du Sud, organisatrice de la Coupe du monde 2010, a dépensé 7 milliards d’euros (soit 30 % de dépenses de plus que prévu initialement), pour une recette de 3,7 milliards. La Grèce a consacré 5 % de son PIB pour les Jeux de 2004 et les installations sportives rouillent aujourd’hui au milieu des herbes folles. Les Grenoblois n’ont fini de payer leurs Jeux olympiques qu’en 1993 et les Canadiens, ceux de Montréal, qu’en 2006 ! On parle encore de 28 milliards d’euros dépensés pour l’organisation des Jeux de Londres dont, c’est sûr, les londoniens profitent énormément.

L’organisation de telles compétitions est si rentable que les villes de Strasbourg, de Nancy et de Nantes ont refusé de participer à la fête. Comme Rome, d’ailleurs, initialement tentée par les Jeux Olympiques de 2020. Le Brésil qui va enchaîner la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques sera peut-être le premier pays à entraîner tout un peuple dans la ruine pour quelques paillettes et un petit instant de lumière…

Et en plus, pauvre cloche, pour regarder les matchs à la télé, il va falloir te payer un abonnement à une chaîne privée qui va te saturer le neurone de pub ! C’est vraiment la loose. S’en fout, tu prendras ça sur le budget d’éducation de ton fils, comme pour l’écran plasma ! Et comme c’est la fête et que tu as joué au loto ce matin, je te donne les salaires que touchent les joueurs de l’équipe de France. Comme ça, tu pourras mieux t’identifier à celui dont tu portes le maillot depuis trois jours en allant faire tes courses au Simply Market.

On s'en fout du foot !

Hugo Lloris : 416 000 euros par mois
Steve Mandanda : 300 000 euros par mois
Benoît Costil : 90 000 euros par mois
Bacary Sagna : 491 000 euros par mois
Christophe Jallet : 116 000 euros par mois
Laurent Koscielny : 366 000 euros par mois
Adil Rami : 200 000 euros par mois
Eliaquim Mangala : 458 000 euros par mois
Samuel Umtiti : 250 000 euros par mois
Patrice Evra : 291 000 euros par mois
Lucas Digne : 250 000 euros par mois
Paul Pogba : 375 000 euros par mois
Blaise Matuidi : 750 000 euros par mois
Ngolo Kanté : 291 000 euros par mois
Yohan Cabaye : 360 000 euros par mois
Moussa Sissoko : 458 000 euros par mois
Morgan Schneiderlin : 517 000 euros par mois
Antoine Griezmann : 460 000 euros par mois
Kingsley Coman : 166 000 euros par mois
Dimitri Payet : 600 000 euros par mois
Anthony Martial : 400 000 euros par mois
Olivier Giroud : 616 000 euros par mois
André-Pierre Gignac (le looser du groupe) : 83 000 euros par mois
Didier Deschamps (entraîneur) : 166 000 euros par mois

soit 7,8 millions pour les quatre semaines de l’épreuve…

Il y a aussi des primes pour l’Euro2016, offertes par la fédération :

Rendre populaire le gouvernement : 300 000 euros par joueur
Faire oublier la réforme du code du travail : 250 000 euros
Mettre fin aux grèves et aux revendications: 210 000 euros
Ridiculiser les mouvements sociaux : 165 000 euros

http://www.lemeilleurdufootball.net/international/euro-2016/euro-2016-les-salaires-primes-et-numeros-des-bleus/4373/

Publié dans Chroniques | Commentaires fermés

Attentats-COP21 : Quel lien ?

Cette semaine politique restera dans l’Histoire de notre pays. L’état d’urgence mis en place par le gouvernement socialiste et voté par l’ensemble des parlementaires (sauf six courageux responsables dont il faudra se souvenir longtemps et treize abstentionnistes) vient clore un processus de déchéance progressive de toutes nos libertés depuis l’apogée des années soixante-dix où elles avaient tant perturbé le monde des affaires. La porte de notre prison commune est désormais cadenassée pour une durée imprévisible… Après le fichage généralisé, y compris de notre ADN, le contrôle de tous nos gestes via nos cartes de payement, nos téléphones et nos ordinateurs, la sanction automatique par des robots de nos actes jugés illicites, sur la route ou dans la rue, l’impérialisme des normes industrielles dans nos habitats, nos véhicules, nos outils de travail, notre alimentation… voici l’état d’urgence. Le bruit des bottes est de retour en Europe et le couvre-feu pointe à l’horizon. Il n’y a rien d’illogique dans ce glissement liberticide : la liberté est un poison pour ceux qui tirent un grand bénéfice financier d’un monde de normopathes. Et ce n’est pas être devin que d’affirmer que demain les forces nationalistes, arrivées au pouvoir  grâce à l’argent des multinationales, s’empareront de toutes ces lois socialistes et républicaines pour ériger des camps, y enfermer les contestataires et justifier leur massacre d’une urgence sécuritaire.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_allemande_des_pleins_pouvoirs_de_1933

La vitesse à laquelle les parlementaires ont voté l’état d’urgence ne vous rappelle-t-il pas la célérité dont monsieur Sarkosy a fait preuve pour secourir les banques en faillite après la crise des subprimes en 2007 ? La quasi-unanimité du vote parlementaire ne vous rappelle-t-il pas l’enthousiasme de nos élus à ratifier le traité de Lisbonne qu’une majorité significative des français avait rejeté en 2005 ? Le Premier ministre lui-même indique que la loi d’urgence doit éviter tout regard du Conseil constitutionnel qui la rejetterait immédiatement et qu’au besoin, la constitution sera réformée… non pas par le peuple, peu fiable, mais par ces mêmes parlementaires. Ne nous voilons pas la face, les mots sont là : « guerre », « état d’urgence », « sécurité », « sacrifice », « patriotisme »… Nous y sommes.

http://www.slate.fr/story/110379/manuel-valls-conseil-constitutionnel-etat-urgence

Les manifestations populaires, solidaires et syndicales sont interdites… Les droits des individus poussés du pied par des policiers tout puissants… et les esprits sont soigneusement formatés par des médias aux ordres du pouvoir et des grands patrons. Naomi Klein nous avait prévenus : les populations, sous le choc des traumatismes, accepteront avec bienveillance les lois liberticides, les emprisonnements arbitraires et les comportements normatifs. 91% des français sont favorables à leur propre emprisonnement selon le dernier sondage en date !

http://www.reporterre.net/La-Coalition-Climat-maintient-la-mobilisation-pour-la-COP-21-mais-les

Sauf que tout est faux dans le discours officiel : les terroristes, aussi débiles soient-ils, ne combattent pas le mode de vie occidental, pas plus qu’ils ne s’attaquent pas à nos libertés offensantes, à notre musique dépravée ou nos mœurs dissolues, ils se révoltent contre un système qui ne leur a laissé aucun espace de survie. Il faut écouter tous ceux qui, comme  Myriam Benraad, connaissent mieux que nous la vie et l’esprit de ces gens qui nous agressent. « Il faut bien comprendre que l’Etat islamique n’est pas religieux. On nous présente son irruption comme un choc des civilisations, qui opposerait le monde musulman à l’Occident judéo-chrétien, mais ce n’est pas le cas. C’est un mouvement à la fois terroriste et révolutionnaire, de critique du monde. »

Sur notre territoire, nos classes surchargées empêchent toute expression de soi dès la petite enfance ; le collège est une jungle et l’université est une lutte incessante pour des postes rares où la moindre inconformité sociale est disqualifiante. Le monde du travail qui en résulte est devenu un cauchemar hiérarchique pour nombre de travailleurs et, en parallèle, l’habitat sur-densifié paralyse toute vie sociale en rendant les déplacements impossibles et en pourrissant les relations humaines de mal être, d’agressivité et de haine. A l’extérieur, l’impérialisme économique et militaire, notamment des États-Unis, impose à tous les peuples cette règle de soumission à l’ordre établi et malheur à ceux qui ne coopèrent pas. Les barbares qui aujourd’hui nous assaillent ont été nos partenaires du temps où ils s’opposaient aux soviétiques ou à un régime peu servile comme celui de Saddam Hussein. Ils ont été financés et armés par nos propres gouvernants qui aujourd’hui crient aux loups ! La France est depuis des décennies l’un des principaux fournisseurs d’armes dans tous les conflits qui secouent la planète. Est-ce cela l’image de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qu’il nous est demandé d’honorer ? Relisons plutôt 1984 de George Orwell et éteignons les télécrans qui nous expliquent qui sont aujourd’hui les ennemis de l’Eurasia !

La violence qui secoue nos cités n’est pas religieuse, la religion n’est qu’un prétexte parmi tant d’autres. Elle est née de l’acharnement des capitalistes à maintenir un ordre qui leur est éminemment favorable et qui, depuis des siècles, limite tant qu’il le peut l’expression humaniste des hommes à vivre dans un monde solidaire et coopératif. Cette violence s’appelle « révolution » et une fois de plus elle échappe aux forces de gauche qui étaient censées la porter en contenant ses dérives destructrices. Depuis le hold-up Mitterrand-Delors, la gauche atomisée, retranchée dans ses archaïsmes, est incapable de proposer un avenir au monde et notamment à cette jeunesse livrée à elle-même, seule, sans repère, prête à se jeter dans les bras de toute secte qui donnera à sa vie un peu de relief, fut-il sanctionné par une mort apocalyptique. Les élections à venir montreront encore une gauche divisée, abandonnant des régions entières aux forces nationalistes dont les chances d’apaiser la société sont bien minces. Ce n’est évidemment pas en chantant la Marseillaise à tue-tête que nous résorberons la violence mais en donnant la parole aux individus et surtout en les écoutant.

Le dérèglement climatique que la COP21 va mettre dans le lave-linge, programme court, au mois de décembre prochain est du même ordre. Il est né de la frénésie capitaliste du monde occidental et notamment du comportement incompréhensible des plus riches d’entre nous. La folie de quelques-uns s’exprime au détriment du bonheur de milliards d’êtres humains. L’amas de richesse des dirigeants et actionnaires des multinationales (dont font partie nos gouvernants et leurs opposants d’extrême droite) se fonde sur une économie de l’objet dont le pétrole est la première matière. Le chaos au Moyen-Orient est  donc nécessaire pour conserver la main-mise sur le pétrole Irakien… comme est inévitable la pollution qui résulte de la surconsommation organisée au nom du libre-échange. Ce qui nous arrive aujourd’hui vient d’une entité politique que nous revendiquons à chaque élection et qui porte un nom : le capitalisme.

C’est lui qui gangrène la planète et les esprits, ne cherchons pas ailleurs la source unique de nos malheurs. Les leaders intégristes dressés par les médias ne sont pas des islamistes furieux mais d’habiles manipulateurs qui tentent par la terreur d’obtenir une part du gâteau en secouant l’ordre mondial et en ratissant vers eux les aigris et les désenchantés des « zones sensibles ». Ils sont de cette gangrène au même titre que les tempêtes, les sécheresses, les épidémies, la pollution… Songeons que ce capitalisme là n’a pas fait que 130 morts à Paris le vendredi 13 novembre 2015, ce jour-là dix mille enfants sont morts de faim un peu partout sur la planète dans des souffrances atroces. Nous ne connaîtrons jamais leur nom, ni leur histoire, ont-ils vraiment existés d’ailleurs ? Demain, dix mille autres vont mourir… dans l’indifférence quasi-générale.

Publié dans Chroniques | Marqué avec | Commentaires fermés

De l’éloge de la pauvreté

Vingt-deux millions de tonnes de nourriture finissent à la poubelle dans l’Union européenne chaque année, nous rappelle un article de FranceTVinfo du 14 août 2015. Ce chiffre est issu d’une nouvelle étude publiée par le journal en ligne Environmental Research Letters et basée sur des statistiques fournies par l’Allemagne, le Danemark, la Finlande, le Royaume-Uni, les Pays Bas et la Roumanie. Les chiffres de la France, nous dit-on, ne sont pas fiables.

http://geopolis.francetvinfo.fr/ue-22-millions-de-tonnes-de-nourriture-par-an-finissent-a-la-poubelle-74491

On apprend dans cet article que « 80% de la nourriture jetée aurait pu être consommée » et que « l’Européen moyen jette environ 16% de toutes les denrées alimentaires qu’il achète au cours de l’année ». Évidemment cela fait beaucoup. 22 millions de tonnes, cela représente plus de 30 millions de vaches, soit une fois et demie le cheptel français, ou près de 20 milliards de poulets ! Ceci pour seulement 500 millions d’individus… Nous jetons à la poubelle chaque année l’équivalent de 40 poulets chacun, près d’un par semaine… Arrêtons le massacre ! D’ailleurs, je reviens de faire mes courses au supermarché du coin, j’ai voulu prendre des légumes bio pré-emballés, ils étaient tous plein de moisissure, je n’ai rien acheté. En liberté dans un bac, comme les autres légumes, ils auraient peut-être mieux résisté et se seraient probablement mieux vendus. Ce soir, hélas, ces courgettes, poivrons et aubergines bio, patiemment cultivés sans pesticides de synthèse par quelque paysan pauvre de l’Europe orientale vont rejoindre le flot incessant de notre gaspillage intensif, avec les millions de produits emballés et périmés dont les filières de recyclage ne savent pas quoi faire.

Nous savons depuis pas mal de temps que 30% de la nourriture produite dans les pays civilisés n’est jamais consommée parce que non conforme à la norme ou périmée avant d’atteindre un ventre creux. C’est intéressant de mettre ce constat en regard des revendications des éleveurs de porcs qui demandent d’être « tout simplement rémunérés » pour leur travail. On parle de 1,4 euros le kilo. C’est peu. Nous serions prêts à payer bien plus cher pour une viande de qualité si ces éleveurs voulaient bien se donner la peine de la produire plutôt que s’acharner sur une mono-production intensive qui sature le marché d’une barbaque pour chien. L’agriculture industrielle et les entreprises agroalimentaires produisent en effet très massivement de quoi nourrir les européens sauf que d’un côté beaucoup de ces européens n’ont pas les moyens d’acheter ces denrées à cause notamment des surcoûts de la distribution, et de l’autre, ceux qui gagnent des salaires suffisants refusent d’ingurgiter la saloperie produite.

Notons au passage que ceux qui refusent de dépenser pour se nourrir convenablement (les plus pauvres) ne regardent pas la dépense avec autant d’esprit critique lorsqu’il s’agit d’acheter le dernier smartphone, le scooter du fiston, la Nissan Qashqai ou le grand écran du salon. On s’endette, on s’enlise, on creuse le déficit pour trois générations et on hurle au loup dès que les produits bio, récoltés à proximité, dépassent les 5 euros le kilo ! Au début des années soixante, le ménage français moyen dépensait 40% de son budget pour s’alimenter. Les Français n’étaient guère obèses et le gaspillage de la nourriture ne défrayait pas la chronique. Je me souviens même qu’à la fin des années soixante-dix, je mangeais encore des fruits mûrs et juteux achetés dans les coopératives locales et je ne trouvais pas ça cher… Aujourd’hui, les Français grognent parce qu’ils sont contraints de dépenser 25% de leur budget pour se nourrir ! Un budget qui a pourtant triplé en quarante ans. Et les paysans qui ont survécu, eux, cueillent leurs fruits verts, bourrent leurs animaux d’antibiotiques et de farine de n’importe quoi pour satisfaire le marché et regardent, dépités, le flot incessant des produits agricoles d’une qualité plus mauvaise encore qui s’écoule d’Israël, d’Amérique latine ou de Nouvelle-Zélande… Et à la fin on jette tout parce qu’on préfère aller au fast-food.

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/CONSO09c.PDF?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=la-consommation-des-menages-depuis-50-ans-pdf-insee

Mais tous les européens ne sont pas égaux devant le gaspillage de la nourriture. Là comme ailleurs, les inégalités triomphent. Les « experts » du Centre commun de recherche européen nous livrent en effet une information supplémentaire dans leur compte rendu : ne mesurant pas le gaspillage en vaches et en poulets mais en boîtes de haricots et en pommes, ils précisent que l’Anglais de base gaspille l’équivalent d’une boite de haricots par jour quand son homologue Roumain ne jette qu’une pomme par an. Cela rapproche le Roumain d’aujourd’hui de l’enfant que j’étais en 1960. Ma mère m’aurait salement enguirlandé si elle m’avait vu jeter de la nourriture, même une pomme. A la fin des repas, les assiettes étaient vides et rien de ce qui se trouvait dans le réfrigérateur n’aurait pu rejoindre à un moment ou un autre la poubelle. Les épluchures elles-mêmes n’étaient pas gaspillées mais transformées en œufs, en lapins ou en nouveaux légumes du jardin. En fait, les 22 millions de tonnes de nourriture gaspillées chaque années en Europe le sont principalement par les populations les plus riches qui peuplent le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France (la moitié de la population européenne à eux trois).

Je me dis alors que cette crise a du bon, qu’elle devrait même s’accroître jusqu’à la dislocation totale des institutions qui ont gouverné un tel naufrage. La pauvreté nous rendra alors une conscience que nous avons depuis trop longtemps ensevelie sous l’abondance. Alors peut-être, avant de mourir d’un cancer-cadeau de l’agriculture intensive, pourrai-je à nouveau déguster un yaourt nature, non aseptisé mais goûteux, et des fruits savoureux et difformes, cueillis sur l’étalage… Mais je crains qu’il faille vivre encore longtemps.

Publié dans Chroniques | Marqué avec , | Commentaires fermés

A quoi sert la richesse ?

Une vague d’émotion impressionnante secoue le monde comme cela arrive de temps en temps, quand une fillette s’éteint parce que ses parents ne peuvent payer l’opération qui pourrait la sauver, qu’un enfant, coincé dans un puits artésien, meurt faute de pouvoir être secouru par des pompiers anéantis par l’impuissance de leur technologie ou qu’une famille constate, hagarde, la puissance d’une nature indomptable et furieuse ayant rayer de la carte toute une vie et la demeure qui était sensée la protéger… Cette fois, c’est un lion, paisible mâle de treize ans, à la crinière noire et l’œil séducteur, idole des lionnes de la réserve de Hwange au Zimbabwe et des touristes occidentaux venus le photographier. Au début du mois de juillet, cet animal a été stupidement massacré par un riche dentiste américain en mal de sensation forte.

http://www.francebleu.fr/faits-divers/animaux/scandale-dans-le-monde-apres-la-mort-de-cecil-un-lion-protege-tue-par-un-chasseur-2508641

L’histoire fait le tour du monde, indigne des millions de citoyens responsables qui se déchaînent sur l’Internet, appelant à la vengeance, à la loi du talion, voire à la fatwa au nom de l’intelligence et du respect de la vie sauvage. Walter James Palmer, le tueur, et Théo Bronkhorst, l’organisateur de la chasse vont voir leur vie basculer vers une réalité qui les rendra un peu plus lucides sur les fondements du monde. J’espère personnellement que l’un et l’autre auront du mal à retrouver une place paisible sur cette terre qu’ils ont choisie sans vergogne d’assassiner mais je sais qu’on pardonne facilement aux riches comme on pardonne aux dictateurs déchus ou aux tortionnaires repentis une fois la révolution achevée.

Au-delà de ce pauvre crétin qui a choisi de tuer un lion protégé dans une réserve naturelle, c’est le rôle de la richesse que je trouve intéressant dans ce fait divers. Le dentiste aurait dépensé plus de 55000 dollars selon l’ONG Zimbabwe conservation task force pour s’offrir un acte condamné par la loi. Évidemment les auteurs du crime crient leur bonne foi en prétendant ignorer que l’animal était protégé. Sauf qu’ils l’ont appâté pour le faire sortir de la réserve, qu’ils lui ont retiré son collier et qu’ils l’ont rapidement décapité pour fournir le trophée espéré au brillant chasseur de fauves avant qu’il ne quitte précipitamment le pays. De l’autre côté, aux USA, on accepte sans s’émouvoir l’entrée sur le territoire d’une tête de lion fraîchement abattu, alors que l’espèce est en voie d’extermination. La morale, c’est que l’argent permet tout, y compris des actes illégaux sans avoir à rendre des comptes. Il autorise pour le plaisir et en toute irresponsabilité les comportements les plus stupides : tuer un animal rare, polluer un territoire, expédier des milliers de gens dans la misère… Il permet de subtiliser au reste de l’humanité un bien commun, une terre, une œuvre d’art, une ressource convoitée et de la conserver pour soi-seul sans en avoir la moindre utilité, simplement pour la satisfaction de la possession. La richesse permet ainsi de rester un enfant, sans se sentir concerner par la marche du monde et n’ayant pour règle de vie que la satisfaction immédiate de ses pulsions et caprices.  Walter James Palmer est devenu un adulte au moment où il a pris conscience en regrettant son geste, il était temps. On se demande, soudain, comment cet être immature pouvait soigner les dents de ses patients ? Avait-il conscience de son rôle de thérapeute dans la société humaine ou ne pratiquait-il qu’une technique machinale sur des malades-objets pour quelques dollars de plus ?

Si vous consultez les actualités ou que vous observez les riches de votre quartier, vous verrez que le nombre de James Palmer est assez considérable ! Combien en effet de nos concitoyens choisissent de dépenser leur richesse dans des actes illégaux, malsains, irresponsables, stupides, parfois carrément méchants, destructeurs ou assassins ? Est-ce pour cela que nous rêvons de fortune, pour avoir, nous aussi, le droit de vivre au-delà des lois humaines comme des Peter Pan décérébrés ? Au fait, que feriez-vous vous-même si la fortune vous souriait : achèteriez-vous un gros quatre-quatre pour polluer les rues de votre ville, vous offririez-vous le dernier éléphant du Botswana ou raseriez-vous la cathédrale du Mont-Saint-Michel pour y construire votre palace privé ?

Publié dans Chroniques | Marqué avec | Commentaires fermés

308 millions pour sauver la France !

Comme nous en informe le Monde dans un article du 6 juillet 2015, l’État français a vendu ses parts de l’aéroport de Toulouse-Blagnac à un consortium chinois composé de Shandong Hi-Speed Group et de Friedmann Pacific Asset Management, un fonds d’investissement de Hong Kong. « On a reçu l’argent » déclare Bercy en assurant que les pouvoirs publics restent majoritaires ! Aujourd’hui, les investisseurs chinois

détiennent 49,99% des parts de l’aéroport, la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse, la région Midi-Pyrénées, le département de la Haute-Garonne et la communauté urbaine de Toulouse métropole en possèdent 40% et l’État en conserve 10,01%. L’équilibre joue donc sur 0,01% des parts qui donnent la majorité aux français.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/07/06/bercy-confirme-la-vente-de-l-aeroport-de-toulouse-blagnac-au-consortium-chinois_4672673_3234.html

La somme avancée par Emmanuel Macron est de 308 millions d’euros pour la moitié des

parts cédée aux chinois. Le centième vaut donc un peu moins de 62000 euros. Il faut être extrêmement solide ou complètement stupide pour penser que le consortium asiatique ne finira pas par acquérir le dérisoire centième de pourcentage qui lui manque pour gérer à sa guise l’aéroport de Toulouse. A l’heure où vous lisez ces lignes, un pactole en petites coupures attend sans doute déjà dans les armoires de la société Casil Europe, chargée de fluidifier la transaction.

Terrain à vendre

Car, comme chaque fois lors de marchés internationaux, l’opacité règne et une lourde suspicion de pots de vin pèse sur les contrats. Mike Poon, principal intermédiaire, a soudainement disparu sans laisser de trace, son nom apparaît dans un scandale de corruption et, selon Mediapart, « la société française créée pour gagner la privatisation, Casil Europe, a tout d’une société écran ».

http://www.mediapart.fr/journal/economie/300615/l-aeroport-de-toulouse-ete-privatise-au-profit-d-une-societe-ecran

Bref, d’ici trois ans, quelqu’un vendra aux chinois les 0,01% qui leur manquent, ils feront partir la plupart des employés français en pourrissant leurs conditions de travail, comme ils le font chaque fois qu’ils prennent possession d’une industrie sur notre territoire. Ils licencieront les plus résistants qui obtiendront une prime en échange de leur ulcère ou de leur dépression et ils feront venir un airbus de Chine avec tout plein de travailleurs dociles, serviables et très peu revendicatifs. En un an, grâce à un management efficace, les investisseurs auront renfloué leur caisse et commenceront à engranger les bénéfices. L’usager, lui, aura tout gagner : un service réduit au strict minimum, des opérateurs incultes qui parleront et comprendront mal le français, un aéroport sale et qui puera la cuisine à l’huile minérale. Ceux qui voyagent au-delà du Proche-Orient peuvent témoigner de ce qui attend l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

Mais plus encore que l’invasion chinoise, c’est l’idée même de cette vente qui me perturbe. Quoi que nous fassions, nous n’empêcherons pas les Chinois de se répandre. Tous les peuples de la Terre sont nomades et c’est ainsi depuis que l’homme sait marcher. Nous devons faire avec, le Monde se construit ainsi. Mais pourquoi vendons-nous nos usines et nos terres ? Accueillons les étrangers, certes, mais gardons la main mise sur notre patrimoine. La France avait-elle réellement besoin de ces 308 millions, le déficit de l’aéroport de Toulouse menaçait-il l’économie de notre pays ? Rappelons à titre de comparaison que le budget du Sénat s’élevait pour l’année 2014 à 347 millions d’euros. Nous avons donc vendu un aéroport pour financer les activités des sénateurs une année de plus ! Il faudra donc en vendre un autre pour 2016, puis un autre encore pour 2017… Dépêchons-nous de construire « Notre-Dame-des-Landes » si nous voulons conserver le Sénat au delà de 2030 ! A moins que cela ne soit plus nécessaire après 2017, car nous aurons alors un gouvernement de gauche, issu d’une alliance PC-PG-EELV-NPA-NG, et Yanis Varoufakis, notre nouveau président de la Commission européenne, saura expliquer aux Chinois d’où nous vient la civilisation occidentale et ce qu’est une nation démocratique respectueuse de l’environnement et des droits humains.

Publié dans Chroniques | Commentaires fermés

40000 euros de taxi !

Lundi 27 avril, grâce à la dénonciation d’un estimable « corbeau », nous apprenons que Agnès Saal, nommée par le gouvernement socialiste PDG de l’INA, organisme public de l’audiovisuel, a dépensé plus de 40000 euros de taxi en dix mois. C’est vrai, il faut l’avouer, que l’INA est située outre périphérique, à Bry-sur-Marne, à plus de 15 km du centre bouillonnant de la capitale. Autant dire au bout du monde, la banlieue !

http://www.ladepeche.fr/article/2015/04/28/2095543-presidente-ina-agnes-saal-presente-demission.html

Au coût moyen des taxis parisiens, cela représente plus de 30000 km de trajet, soit 100 km par jour, trois allers-retours Paris – Bry tous les jours de l’année ou 40 jours bloqué dans un embouteillage… Soyons tolérant, disons que Madame était généreuse avec l’argent du contribuable, qu’elle faisait deux allers-retours par jour et que son taxi mettait plus d’une heure pour parcourir la distance, ce qui est plausible compte tenu du trafic.

Mais nous découvrons que Madame disposait également à son poste d’une voiture de service avec chauffeur… On songe immédiatement à ce malheureux employé abandonné par sa patronne et je demande instamment qu’un comité de soutien lui vienne en aide car ce dut être douloureux de voir chaque matin Madame lui préférer le beau taxi chromé de la compagnie parisienne. Hélas, on sait aussi depuis Flaubert que les bourgeoises aiment voyager à l’arrière des taxis…

Notre élite de la République, qui a été, rappelons-le, directrice générale du Centre Pompidou, c’est dire le niveau culturel, tente de se justifier en avouant qu’elle a eu la maladresse de donner le code de réservation de la compagnie de taxis à son fils. Il ne s’est pas fait prier : 6700 km à lui tout seul ! Les copines ont dû être emballées ! Madame est-elle de ceux qui, comme Ségolène Royal, ministre socialiste, réclament plus d’instruction civique à l’école pour éduquer les enfants sauvages des banlieues de l’est parisien ? Évidemment, ce matin, Madame a démissionné de son poste. J’espère qu’une enquête plus poussée nous montrera que cet argent n’a pas servi à autre chose que des transports chèrement rémunérés par exemple pour financer une défaite électorale…

Il se trouve que j’habite moi-même non loin des bâtiments de l’INA et que je travaille à Paris. Nous nous croisons donc tous les matins et tous les soirs, Madame et moi. Sauf que nous ne nous voyons pas puisque j’utilise le RER comme le préconise le gouvernement, pour permettre à ceux qui ont une voiture de service payé par nos impôts de circuler plus librement. J’ai fait le compte : depuis que je vis ici, en dix années donc, j’ai dépensé 7523 euros de transport, soit trois fois moins que Madame en dix mois. Il est vrai que je ne voyage pas en première classe et que, citoyen responsable, je rentabilise l’espace avec mes collègues de Bry-sur-Marne. Nous mettons en quelque sorte en pratique la volonté générale des élus de densifier les zones urbaines !

Remarquez, même si j’avais voulu, histoire de dire que moi aussi je le vaut bien, je n’aurais pas pu prendre le taxi. Pas assez riche, mon fils ! 40000 euros, c’est le double de ce que je gagne en travaillant toute l’année. Je sais, ça fait marrer le fils de Madame, mais j’ai tout de même fait des études pour obtenir ce salaire. Pas autant que Madame, certes, mais tout de même, quelques années d’université publique. Et puis c’est décidé, dès septembre je m’inscris au concours de l’ENA. Je vais bosser comme un dingue pendant deux ou trois ans, promotion Diogène de Sinope, et après je postulerai sur un poste de PDG d’une entreprise publique. A l’INA, pourquoi pas, puisque le poste est vacant. Ah, ah, je ris déjà en voyant votre tête, entassé dans le RER comme dans un wagon plombé ! Allez, serrez-vous, bon sang ! Mohamed et Raoul aimeraient aller bosser eux-aussi, ils ont des impôts à payer ! Et Madame et moi avons besoin de cet argent pour notre taxi !

Publié dans Chroniques | Commentaires fermés

Une bague à 1,7 millions d’euros

Citée par Le Figaro, avant hier, une « collectionneuse d’art » s’est fait dérober un sac alors qu’elle circulait à bord d’un taxi en provenance de Roissy… Le butin, essentiellement des bijoux de luxe, est estimé à cinq millions d’euros !

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/04/16/01016-20150416ARTFIG00086-des-voleurs-a-la-portiere-derobent-5-millions-d-euros-en-bijoux.php

L’histoire se passe sur une portion couverte de l’autoroute A1 où les vols « à la portière » ne sont apparemment pas rares. Les malfaiteurs brisent une vitre du véhicule, s’emparent de ce qu’ils peuvent et s’enfuient par les portes de sécurité du tunnel. Inutile de dire que la police connaît le coin et que ces bandits de grands chemins vivent leurs meilleurs jours. Dans quelques semaines ils seront retrouvés et jetés sans ménagement en prison. On ne touche pas au grisbi !

Ce qui est intéressant, ici, ce n’est pas le vol mais la somme annoncée : ils doivent en faire une tête les pieds nickelés qui croyaient juste voler un portefeuille bien rempli pour se payer une soirée au fast-food du rond-point d’à côté. Ils ont dû tout balancer dans les buissons, c’est sûr, un tel magot devait leur brûler les mains. Je serai à la place des mômes de la cité voisine, je saurai quoi faire de mon week-end. Un petit bracelet Chanel, ça peut toujours aider à finir le mois.

Cette femme d’origine taiwanaise, nous dit-on, habitant en Allemagne, devait se rendre au musée d’Art moderne pour y présenter les fameux bijoux dont une bague estimée à 1,7 million d’euros et trois montres numérotées. Je ne savais pas que les montres pouvaient être numérotées, ni qu’une bague pouvait coûter ce prix là. Mais ce qui m’étonne le plus, c’est qu’il existe encore sur cette planète des gens assez abrutis pour dépenser autant d’argent dans la simple possession d’objets. Un million d’euros dans une bague, rendez-vous compte… Moi, j’ai compté : à la fin de ma vie professionnelle, si tout se passe bien, c’est la somme que j’aurai gagné en travaillant quelques 8400 jours ou 67200 heures. Je pourrais m’offrir la bague mais aucune des trois montres. Passé soixante-deux ans, je n’aurais même pas de montre numérotée à mon poignet… Autant dire la chouffe !

Après tout, j’aurais la bague ! Mais qu’en faire sinon l’offrir à une jolie demoiselle dont les yeux papillonneraient en la regardant d’un plaisir enfantin ? Car, c’est sûr, c’est une bague pour femme, avec un diamant, des pierres précieuses et tout ce qu’il faut d’or et d’argent pour plaire aux amoureux des belles dames. Peut-être alors la jolie demoiselle me regarderait-elle avec quelque tendresse, me suivrait-elle dans mon château imaginaire jusqu’aux fins fonds du rêve. Mais quand l’estomac criera famine ? Est-ce que l’amour et l’eau fraîche suffiront à l’apaiser ? Elle repartira, c’est sûr, vers des terres plus matérialistes… et en emportant ma bague.

Et il ne me restera rien. Je serai condamné, après une vie de travail – un trésor disait La Fontaine ! – à une errance misérable et dépendante. Peut-être un jour devrais-je me faire voleur ou coupeur de route comme les appellent les africains ? Voler pour survivre, juste pour survivre. Je me posterai près d’un tunnel d’autoroute, dans une zone fréquemment embouteillée, non loin d’un aéroport international et j’attendrai qu’un taxi s’arrête avec à son bord une jolie dame riche amatrice de belles bagues à 1,7 millions d’euros…

Ou jamais…

Publié dans Chroniques | Commentaires fermés