Attentats-COP21 : Quel lien ?

Cette semaine politique restera dans l’Histoire de notre pays. L’état d’urgence mis en place par le gouvernement socialiste et voté par l’ensemble des parlementaires (sauf six courageux responsables dont il faudra se souvenir longtemps et treize abstentionnistes) vient clore un processus de déchéance progressive de toutes nos libertés depuis l’apogée des années soixante-dix où elles avaient tant perturbé le monde des affaires. La porte de notre prison commune est désormais cadenassée pour une durée imprévisible… Après le fichage généralisé, y compris de notre ADN, le contrôle de tous nos gestes via nos cartes de payement, nos téléphones et nos ordinateurs, la sanction automatique par des robots de nos actes jugés illicites, sur la route ou dans la rue, l’impérialisme des normes industrielles dans nos habitats, nos véhicules, nos outils de travail, notre alimentation… voici l’état d’urgence. Le bruit des bottes est de retour en Europe et le couvre-feu pointe à l’horizon. Il n’y a rien d’illogique dans ce glissement liberticide : la liberté est un poison pour ceux qui tirent un grand bénéfice financier d’un monde de normopathes. Et ce n’est pas être devin que d’affirmer que demain les forces nationalistes, arrivées au pouvoir  grâce à l’argent des multinationales, s’empareront de toutes ces lois socialistes et républicaines pour ériger des camps, y enfermer les contestataires et justifier leur massacre d’une urgence sécuritaire.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_allemande_des_pleins_pouvoirs_de_1933

La vitesse à laquelle les parlementaires ont voté l’état d’urgence ne vous rappelle-t-il pas la célérité dont monsieur Sarkosy a fait preuve pour secourir les banques en faillite après la crise des subprimes en 2007 ? La quasi-unanimité du vote parlementaire ne vous rappelle-t-il pas l’enthousiasme de nos élus à ratifier le traité de Lisbonne qu’une majorité significative des français avait rejeté en 2005 ? Le Premier ministre lui-même indique que la loi d’urgence doit éviter tout regard du Conseil constitutionnel qui la rejetterait immédiatement et qu’au besoin, la constitution sera réformée… non pas par le peuple, peu fiable, mais par ces mêmes parlementaires. Ne nous voilons pas la face, les mots sont là : « guerre », « état d’urgence », « sécurité », « sacrifice », « patriotisme »… Nous y sommes.

http://www.slate.fr/story/110379/manuel-valls-conseil-constitutionnel-etat-urgence

Les manifestations populaires, solidaires et syndicales sont interdites… Les droits des individus poussés du pied par des policiers tout puissants… et les esprits sont soigneusement formatés par des médias aux ordres du pouvoir et des grands patrons. Naomi Klein nous avait prévenus : les populations, sous le choc des traumatismes, accepteront avec bienveillance les lois liberticides, les emprisonnements arbitraires et les comportements normatifs. 91% des français sont favorables à leur propre emprisonnement selon le dernier sondage en date !

http://www.reporterre.net/La-Coalition-Climat-maintient-la-mobilisation-pour-la-COP-21-mais-les

Sauf que tout est faux dans le discours officiel : les terroristes, aussi débiles soient-ils, ne combattent pas le mode de vie occidental, pas plus qu’ils ne s’attaquent pas à nos libertés offensantes, à notre musique dépravée ou nos mœurs dissolues, ils se révoltent contre un système qui ne leur a laissé aucun espace de survie. Il faut écouter tous ceux qui, comme  Myriam Benraad, connaissent mieux que nous la vie et l’esprit de ces gens qui nous agressent. « Il faut bien comprendre que l’Etat islamique n’est pas religieux. On nous présente son irruption comme un choc des civilisations, qui opposerait le monde musulman à l’Occident judéo-chrétien, mais ce n’est pas le cas. C’est un mouvement à la fois terroriste et révolutionnaire, de critique du monde. »

Sur notre territoire, nos classes surchargées empêchent toute expression de soi dès la petite enfance ; le collège est une jungle et l’université est une lutte incessante pour des postes rares où la moindre inconformité sociale est disqualifiante. Le monde du travail qui en résulte est devenu un cauchemar hiérarchique pour nombre de travailleurs et, en parallèle, l’habitat sur-densifié paralyse toute vie sociale en rendant les déplacements impossibles et en pourrissant les relations humaines de mal être, d’agressivité et de haine. A l’extérieur, l’impérialisme économique et militaire, notamment des États-Unis, impose à tous les peuples cette règle de soumission à l’ordre établi et malheur à ceux qui ne coopèrent pas. Les barbares qui aujourd’hui nous assaillent ont été nos partenaires du temps où ils s’opposaient aux soviétiques ou à un régime peu servile comme celui de Saddam Hussein. Ils ont été financés et armés par nos propres gouvernants qui aujourd’hui crient aux loups ! La France est depuis des décennies l’un des principaux fournisseurs d’armes dans tous les conflits qui secouent la planète. Est-ce cela l’image de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qu’il nous est demandé d’honorer ? Relisons plutôt 1984 de George Orwell et éteignons les télécrans qui nous expliquent qui sont aujourd’hui les ennemis de l’Eurasia !

La violence qui secoue nos cités n’est pas religieuse, la religion n’est qu’un prétexte parmi tant d’autres. Elle est née de l’acharnement des capitalistes à maintenir un ordre qui leur est éminemment favorable et qui, depuis des siècles, limite tant qu’il le peut l’expression humaniste des hommes à vivre dans un monde solidaire et coopératif. Cette violence s’appelle « révolution » et une fois de plus elle échappe aux forces de gauche qui étaient censées la porter en contenant ses dérives destructrices. Depuis le hold-up Mitterrand-Delors, la gauche atomisée, retranchée dans ses archaïsmes, est incapable de proposer un avenir au monde et notamment à cette jeunesse livrée à elle-même, seule, sans repère, prête à se jeter dans les bras de toute secte qui donnera à sa vie un peu de relief, fut-il sanctionné par une mort apocalyptique. Les élections à venir montreront encore une gauche divisée, abandonnant des régions entières aux forces nationalistes dont les chances d’apaiser la société sont bien minces. Ce n’est évidemment pas en chantant la Marseillaise à tue-tête que nous résorberons la violence mais en donnant la parole aux individus et surtout en les écoutant.

Le dérèglement climatique que la COP21 va mettre dans le lave-linge, programme court, au mois de décembre prochain est du même ordre. Il est né de la frénésie capitaliste du monde occidental et notamment du comportement incompréhensible des plus riches d’entre nous. La folie de quelques-uns s’exprime au détriment du bonheur de milliards d’êtres humains. L’amas de richesse des dirigeants et actionnaires des multinationales (dont font partie nos gouvernants et leurs opposants d’extrême droite) se fonde sur une économie de l’objet dont le pétrole est la première matière. Le chaos au Moyen-Orient est  donc nécessaire pour conserver la main-mise sur le pétrole Irakien… comme est inévitable la pollution qui résulte de la surconsommation organisée au nom du libre-échange. Ce qui nous arrive aujourd’hui vient d’une entité politique que nous revendiquons à chaque élection et qui porte un nom : le capitalisme.

C’est lui qui gangrène la planète et les esprits, ne cherchons pas ailleurs la source unique de nos malheurs. Les leaders intégristes dressés par les médias ne sont pas des islamistes furieux mais d’habiles manipulateurs qui tentent par la terreur d’obtenir une part du gâteau en secouant l’ordre mondial et en ratissant vers eux les aigris et les désenchantés des « zones sensibles ». Ils sont de cette gangrène au même titre que les tempêtes, les sécheresses, les épidémies, la pollution… Songeons que ce capitalisme là n’a pas fait que 130 morts à Paris le vendredi 13 novembre 2015, ce jour-là dix mille enfants sont morts de faim un peu partout sur la planète dans des souffrances atroces. Nous ne connaîtrons jamais leur nom, ni leur histoire, ont-ils vraiment existés d’ailleurs ? Demain, dix mille autres vont mourir… dans l’indifférence quasi-générale.

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