Euro 2016, le coût du kif !

Le populos est ravi : on oublie tout, c’est la fête, canettes de bière et chips à volonté, écharpe tricolore, bob Cazanis et trompette en plastique… Allez la France ! ça fait un an qu’on se prépare, on va gagner, c’est obligé, ça peut pas être autrement… Ah oui ?

Au fait, footballeur de salon, est-ce que tu as compté combien ça te coûte d’être con à ce point ?

« L’Euro 2016, nous dit les Echos, c’est 1,64 milliard de travaux dans les stades avant la compétition, 835 millions de dépenses d’organisation ». C’est aussi 1,9 milliard de recettes attendues pour l’UEFA et 1,3 milliard pour les 10 villes hôtes, « ou encore 180 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires pour l’Etat ». Sauf qu’on vient d’apprendre que l’Etat fait cadeau de cette somme à l’UEFA en échange de sa contribution à la construction des stades (20 millions d’euros aux dix villes accueillant la compétition). Aucune taxe, aucun impôt sur les sociétés, aucune autre fiscalité française ne sera prélevée sur l’UEFA et sur ses filiales françaises, se gausse le Premier Ministre. Merci patron !

http://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conseils/0203101037392-en-attendant-l-euro-2016-628381.php

Pourtant, selon l’Observatoire des gaspillages publics, les contribuables français ont déjà investi plus d’un milliard d’euros avant que commence le premier match. 24 millions d’euros seront dépensés pour assurer la sécurité des « fans zones » où va se masser la subtile et tendre crème intellectuelle du pays de Voltaire (soit, au passage, 14 millions de plus que ce qui était prévu au départ). Le seul stade de Lyon, capitale des gaules, est un gouffre financier que les habitants de la grande région n’ont pas fini de supporter. Le club est en plein naufrage, il perd plus de 25 millions chaque année et a emprunté dix fois cette somme pour s’offrir sa boîte à danseuses ! A moins d’être récupéré par un qatari en mal de reconnaissance ou par un mafiosi en rupture de stock, il n’a aucune chance de parvenir à payer sa dette et, au final, ce sera forcément le citoyen qui s’en chargera, qu’il aime ou qu’il déteste le foot… Les clubs de football professionnels espagnols montrent la voie : Champions toutes catégories, ils affichent une dette globale de 3,5 milliards d’euros dont plus de 700 millions de dette fiscale ! Mais peu nous importent, après tout, les bibliothèques et les hôpitaux que cet argent pourrait permettre de construire puisque le Real et l’Athletico étaient tous deux en finale de la Champions League cette année. Que demander de plus ? L’Angleterre par contre peut faire la grimace : berceau du football elle n’a rien gagné cette année et l’endettement global des 18 clubs de première ligue les plus menacés s’élève à 4 milliards d’euros…

http://www.observatoiredesgaspillages.com/2014/02/combien-va-couter-l-euro-2016/

Mais que les Français se rassurent, l’Euro est une bonne affaire puisque 2,4 millions de spectateurs sont attendus dans les stades et 6,5 millions dans les « fans zones ». Les organisateurs, dit-on, peuvent compter sur un retour de plus de 2,5 milliards d’euros. Soit 800 millions de bénéfices ! Pour la collectivité ? Que nenni, pour l’UEFA d’abord et surtout pour toutes les sociétés partenaires qui ont mis la main à la poche : celles qui ont contracté un partenariat public-privé pour la construction et la rénovation des stades, dont on sait qu’il est prévu un dédommagement de l’Etat en cas de gains inférieurs à ce qui est escompté, et celles qui participent à la fête. Les dix « partenaires globaux » : Adidas, Carlsberg, Coca-Cola, Continental, Hisense, Hyundaï-Kia, McDonald’s, Orange, Socar et Turkisk Airlines, font d’ailleurs rêver tant ils sont emblématiques du raffinement et de l’élégance qui caractérise le monde moderne. On sait combien ces sociétés sont respectueuses des hommes et de l’environnement et on est content de savoir que leurs actionnaires vont engranger des millions de dividendes en fin d’année grâce à cette « grande fête populaire ». On est content aussi pour la FDJ, le Crédit Agricole, la SNCF, la Poste qui ont dépensé plein de sous pour avoir leur nom en haut de l’affiche et on pense très fort à leurs salariés qui doivent être si fiers de leurs dirigeants. Je ne sais pas non plus si les mille « collaborateurs » recrutés par Proman pour l’occasion ouvriront le champagne au lendemain de la fête mais je sais que le patron de cette PME, lui, pourra aller dîner chez monsieur Hédiard le traiteur « exclusif » du village VIP…

Est-ce les Français sortiront gagnant de la compétition ? Évidemment non. En 2004, le Portugal a choisi de détruire les stades après la compétition parce que leur entretien devenait trop coûteux. L’Afrique du Sud, organisatrice de la Coupe du monde 2010, a dépensé 7 milliards d’euros (soit 30 % de dépenses de plus que prévu initialement), pour une recette de 3,7 milliards. La Grèce a consacré 5 % de son PIB pour les Jeux de 2004 et les installations sportives rouillent aujourd’hui au milieu des herbes folles. Les Grenoblois n’ont fini de payer leurs Jeux olympiques qu’en 1993 et les Canadiens, ceux de Montréal, qu’en 2006 ! On parle encore de 28 milliards d’euros dépensés pour l’organisation des Jeux de Londres dont, c’est sûr, les londoniens profitent énormément.

L’organisation de telles compétitions est si rentable que les villes de Strasbourg, de Nancy et de Nantes ont refusé de participer à la fête. Comme Rome, d’ailleurs, initialement tentée par les Jeux Olympiques de 2020. Le Brésil qui va enchaîner la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques sera peut-être le premier pays à entraîner tout un peuple dans la ruine pour quelques paillettes et un petit instant de lumière…

Et en plus, pauvre cloche, pour regarder les matchs à la télé, il va falloir te payer un abonnement à une chaîne privée qui va te saturer le neurone de pub ! C’est vraiment la loose. S’en fout, tu prendras ça sur le budget d’éducation de ton fils, comme pour l’écran plasma ! Et comme c’est la fête et que tu as joué au loto ce matin, je te donne les salaires que touchent les joueurs de l’équipe de France. Comme ça, tu pourras mieux t’identifier à celui dont tu portes le maillot depuis trois jours en allant faire tes courses au Simply Market.

On s'en fout du foot !

Hugo Lloris : 416 000 euros par mois
Steve Mandanda : 300 000 euros par mois
Benoît Costil : 90 000 euros par mois
Bacary Sagna : 491 000 euros par mois
Christophe Jallet : 116 000 euros par mois
Laurent Koscielny : 366 000 euros par mois
Adil Rami : 200 000 euros par mois
Eliaquim Mangala : 458 000 euros par mois
Samuel Umtiti : 250 000 euros par mois
Patrice Evra : 291 000 euros par mois
Lucas Digne : 250 000 euros par mois
Paul Pogba : 375 000 euros par mois
Blaise Matuidi : 750 000 euros par mois
Ngolo Kanté : 291 000 euros par mois
Yohan Cabaye : 360 000 euros par mois
Moussa Sissoko : 458 000 euros par mois
Morgan Schneiderlin : 517 000 euros par mois
Antoine Griezmann : 460 000 euros par mois
Kingsley Coman : 166 000 euros par mois
Dimitri Payet : 600 000 euros par mois
Anthony Martial : 400 000 euros par mois
Olivier Giroud : 616 000 euros par mois
André-Pierre Gignac (le looser du groupe) : 83 000 euros par mois
Didier Deschamps (entraîneur) : 166 000 euros par mois

soit 7,8 millions pour les quatre semaines de l’épreuve…

Il y a aussi des primes pour l’Euro2016, offertes par la fédération :

Rendre populaire le gouvernement : 300 000 euros par joueur
Faire oublier la réforme du code du travail : 250 000 euros
Mettre fin aux grèves et aux revendications: 210 000 euros
Ridiculiser les mouvements sociaux : 165 000 euros

http://www.lemeilleurdufootball.net/international/euro-2016/euro-2016-les-salaires-primes-et-numeros-des-bleus/4373/

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