Une bague à 1,7 millions d’euros

Citée par Le Figaro, avant hier, une « collectionneuse d’art » s’est fait dérober un sac alors qu’elle circulait à bord d’un taxi en provenance de Roissy… Le butin, essentiellement des bijoux de luxe, est estimé à cinq millions d’euros !

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/04/16/01016-20150416ARTFIG00086-des-voleurs-a-la-portiere-derobent-5-millions-d-euros-en-bijoux.php

L’histoire se passe sur une portion couverte de l’autoroute A1 où les vols « à la portière » ne sont apparemment pas rares. Les malfaiteurs brisent une vitre du véhicule, s’emparent de ce qu’ils peuvent et s’enfuient par les portes de sécurité du tunnel. Inutile de dire que la police connaît le coin et que ces bandits de grands chemins vivent leurs meilleurs jours. Dans quelques semaines ils seront retrouvés et jetés sans ménagement en prison. On ne touche pas au grisbi !

Ce qui est intéressant, ici, ce n’est pas le vol mais la somme annoncée : ils doivent en faire une tête les pieds nickelés qui croyaient juste voler un portefeuille bien rempli pour se payer une soirée au fast-food du rond-point d’à côté. Ils ont dû tout balancer dans les buissons, c’est sûr, un tel magot devait leur brûler les mains. Je serai à la place des mômes de la cité voisine, je saurai quoi faire de mon week-end. Un petit bracelet Chanel, ça peut toujours aider à finir le mois.

Cette femme d’origine taiwanaise, nous dit-on, habitant en Allemagne, devait se rendre au musée d’Art moderne pour y présenter les fameux bijoux dont une bague estimée à 1,7 million d’euros et trois montres numérotées. Je ne savais pas que les montres pouvaient être numérotées, ni qu’une bague pouvait coûter ce prix là. Mais ce qui m’étonne le plus, c’est qu’il existe encore sur cette planète des gens assez abrutis pour dépenser autant d’argent dans la simple possession d’objets. Un million d’euros dans une bague, rendez-vous compte… Moi, j’ai compté : à la fin de ma vie professionnelle, si tout se passe bien, c’est la somme que j’aurai gagné en travaillant quelques 8400 jours ou 67200 heures. Je pourrais m’offrir la bague mais aucune des trois montres. Passé soixante-deux ans, je n’aurais même pas de montre numérotée à mon poignet… Autant dire la chouffe !

Après tout, j’aurais la bague ! Mais qu’en faire sinon l’offrir à une jolie demoiselle dont les yeux papillonneraient en la regardant d’un plaisir enfantin ? Car, c’est sûr, c’est une bague pour femme, avec un diamant, des pierres précieuses et tout ce qu’il faut d’or et d’argent pour plaire aux amoureux des belles dames. Peut-être alors la jolie demoiselle me regarderait-elle avec quelque tendresse, me suivrait-elle dans mon château imaginaire jusqu’aux fins fonds du rêve. Mais quand l’estomac criera famine ? Est-ce que l’amour et l’eau fraîche suffiront à l’apaiser ? Elle repartira, c’est sûr, vers des terres plus matérialistes… et en emportant ma bague.

Et il ne me restera rien. Je serai condamné, après une vie de travail – un trésor disait La Fontaine ! – à une errance misérable et dépendante. Peut-être un jour devrais-je me faire voleur ou coupeur de route comme les appellent les africains ? Voler pour survivre, juste pour survivre. Je me posterai près d’un tunnel d’autoroute, dans une zone fréquemment embouteillée, non loin d’un aéroport international et j’attendrai qu’un taxi s’arrête avec à son bord une jolie dame riche amatrice de belles bagues à 1,7 millions d’euros…

Ou jamais…

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